Bonsoir,

Je fallait que je vous le dise. En octobre, nous avons eu la douleur de perdre l'un des mes meilleurs amis de mon fils. Ikbhal avait 17 ans et 1/2, il aurait eu ses 18 ans ces jours-çi. Il avait passé brillament ses examens de CAP cusine, et depuis les vacances, il travaillait dans un grand restaurant à Paris, sur les Champs. Pour moi, c'était un gosse de plus à la maison, qui venait régulièrement le soir, jouer à envoyer des SMS ou MSN, je suis troublée, excusez-moi, avec des filles que les 2 copains,Ike et mon fils envoyaient à des copines ou copains sur le web, lieu de rencontre pour la jeunesse. Ils se marraient tous les 2, c'était beau à voir, ces 2 gosses, très différents l'un de l'autre. Ike était d'origine comorienne, et nous faisait rire aux larmes. Dès la Maternelle, mon gamin a rencontré tous ses copains qu'il fréquente toujours, quelque soit les origines de chacun. Puis, Ike a travaillé. Il demeurait en dessous de chez nous dans un modeste F2, à 5 personnes. Ike était l'aîné. Ses parents lui prenaient toute sa paie, lui laissant juste de quoi payer sa carte de transport Navigo, c'est tout. Le gosse était gêné et content d'aider ses parents. Stricts, ils ne lui laissaient pas un centime pour s'acheter quoique ce soit ou payer qq chose lorsqu'il était avec ses copains. D'origine musulamane, il était très sérieux et très droit. Un soir, le père a voulu frappé le fils à propos d'argent. Ike a fugué une journée. Deux jours plus tard, un article dans le Parisien, rubrique faits divers, un article m'a attiré immédiatement, bien qu'aucun nom soit donné. Mon coeur de mère a tout de suite pensé à lui, son mal-être. Le lendemain, un autre article était plus précis, et là, pour moi, il n'y avait plus de doute, c'était lui, un de mes gosses de coeur qui était décédé. Tant bien que mal je suis descendue dans le hall de mon immeuble et j'ai vu plein d'hommes en peine, avec leur chapelet, le visage fermé s'engouffrés dans l'ascenceur. J'avais compris. Une longue marche silencieuse à laquelle ont participé tous ses potes est partie de chez nous et est alléee jusqu'au pont de Vitry, là où fût retrouvé le corps d'Ikbhal. Il s'est noyé devant notre tour de 18 étages, à 40 mètres de l'entrée du bâtiment, dans la Seine. Il savait nager comme tous les iliens, mais a préféré partir là-bas, où plus personne ne lui demanderait de sous. Il est reparti aux Comores, sur mon ile lointaine, petit enfant des îles, qui pourtant s'était bien adapté à la France, mais dont les parents vivaient encore à la mode du pays.Malgré la peine que j'avais, je n'ai rien dit, sauf à mon entourage.

Triste hisoire qui a eu des conséquences sur mon mon fils. Mercredi, après une visite sur la tombe de son père, au cimetière, mon fils de 20 ans a fait une tentative de suicide devant moi, par la fenêtre de ma chambre, afin que je réagisse pour l'aider, que je sorte de ma tristesse, de mon lit, car il était minuit passé. Depuis, je suis statufiée, bloquée, incapable de bouger. Je suis dans le même état que lorsque j'ai retrouvé mes 2 filles (bébés) mortes dans leurs lits, il y a 22 ans.

Momentanément, je prends du recul face à cette action, qui m'a fait très mal. Déjà, cette période de Toussaint est très triste et douloureuse à passer, mon fils me reproche mon handicap-moteur que j'ai depuis 18 ans (accident de voiture) et que je suis une maman mal portante, affublée de maladies dégératives des os et des nerfs. Souffrant de plusieurs pathologies lourdes et de traitements à vie, je n'ai pas d'autonomie, je ne peux plus travailler depuis cet accident, je perçois une très maigne pension d'invalidité. mais hélas, cela ne suffit pas à nous faire vivre moi et mon fils, car il ne comprend pas que ses copains ont plus de choses que lui, et que je suis dans l'incapacité de lui offrir. Il travaille 8 h. par semaine, surveillant les petits à la cantine, et garde sa paie. Vivien avait 10 ans quand son papa est décédé, était malade avant sa naissance. Bien qu'il ait été suivi régulièrement par des psy, hospitalisations, etc ... je laisse ses copains venir à la maison. Il continue à me reprocher mon état de santé très précaire et ne veut plus qu'on voit mon fauteuil roulant dans l'entrée. C'est parfois dur la vie.

Bisous

Béa